Et si tu avais tout inversé avec ton cheval ?
Quand tu t’intéresse à une approche de l’équitation, à une pratique, tu te demandes si les exercices qu’elle implique avec le cheval vont te plaire. Tu penses à ce que tu prendras plaisir à faire. Et lorsque tu as choisi l’approche, la pratique ou la discipline qui te fais envie, tu t’appliques à bien réussir tous les exercices. Tu réfléchis donc à choisir un cheval adapté à ces exercices que tu voudras faire avec lui. Ou si tu as déjà un compagnon équin, à une façon efficace de lui apprendre ces exercices. Mais ce faisant, tu inverses tout, en réalité ! Car ce n’est pas le cheval qui doit être au service des exercices. Ce sont les exercices que tu lui proposes qui doivent être au service de ton cheval. Et de regarder les choses comme ça, ça change tout…
Pourquoi veux-tu faire des exercices avec ton cheval ?
Comme toujours, pour libérer notre cheval, il faut commencer par regarder en nous. Nous interroger sur ce qui se joue lorsqu’on décide de pratiquer une discipline, d’aborder un nouvel exercice avec notre cheval. Mettons que tu aies choisi de te mettre à l’equifeel. Et de participer à des concours. Pourquoi as-tu choisi cette discipline ? Et pour quelle raison veux-tu en faire des concours ou des défis ? Que ressens-tu lorsque tu peines sur un exercice ? Quelle pression cela fait-il peser sur toi ? Et sur ton cheval ?
Pour bien jouer le jeu, prends le temps de te poser pour répondre honnêtement à ces questions.
Un exemple de réponses :
« J’ai choisi l’equifeel parce que ça se pratique d’abord à pied. Du coup on peut commencer comme ça tranquillement et après participer en selle. Ça semble fun et facile, on fait des parcours avec des plots, des barres, des bâches… Et puis plusieurs personnes font ça autour de moi, et il y a des concours en ligne. Je peux y participer sans avoir à me déplacer. «
Les exercices que tu veux faire avec ton cheval répondent à tes besoins
Si on analyse un peu tout ça, le choix de la pratique repose sur 3 critères :
- discipline abordable avec une progression logique et régulière, très pédagogique : tout le monde peut y arriver facilement, c’est accessible ;
- répond au besoin d’appartenance : permet de faire partie d’un groupe qui pratique ensemble ;
- permet de participer à des concours et défis en ligne, donc même si on ne peut pas se déplacer on peut quand même être dans un esprit de compétition et se mesurer aux autres : répond au besoin de réalisation et de dépassement de soi, et au besoin de reconnaissance.
En un mot, ça répond aux besoins de l’humain.
Dans une équitation centrée sur le cheval, les exercices devraient répondre aux besoins du cheval
Il n’y a rien de mal à pratiquer une activité pour remplir ses besoins, en soi. Même lorsque cela implique un autre être. On ne fait rien par motivation complètement altruiste, si on est radicalement honnête avec soi. Cependant, qu’en est-il des besoins du cheval dans tout ça ?
C’est là que ça me pose problème. Quand les choix d’approche, de discipline ou d’exercices sont faits uniquement au regard des besoins de l’humain. Parce que le cheval se retrouve alors au service des exercices que l’humain veut réaliser. Alors qu’à mon sens, si on veut réellement replacer le cheval au centre de l’équitation, il faut mettre les exercices au service du cheval. Pas l’inverse. Et ça demande un changement de perspective.
Si on reprend l’exemple précédent, en gardant l’equifeel comme choix, on pourrait avoir des motivations différentes :
« J’ai chois l’equifeel parce que ça me motivera à améliorer ma communication avec mon cheval en me mettant de petits défis à réaliser avec lui. Il a des difficultés à se montrer confiant face à des choses qu’il n’a jamais vues, donc le fait d’interagir avec divers objets l’aidera à prendre confiance. Et si j’ai envie de participer à des concours, au moins je pourrai le faire sans lui imposer le stress d’un déplacement. »
Là, on reconnait ses propres besoins, tout en réfléchissant à ceux du cheval. Ça devient déjà plus juste. Mais on pourrait mieux faire. Parce qu’il reste les exercices en eux-mêmes. Qu’apportent-ils au cheval ? Physiquement ? Mentalement ? Et l’approche utilisée pour aborder cette discipline compte aussi beaucoup. Est-elle bienveillante ? Basée sur une écoute du cheval ? Priorisant son bien être sur la réussite de l’exercice ?
Qu’est-ce qu’un exercice au service du cheval ?
Un exercice peut être au service du cheval de différentes façon. En répondant à ses différents besoins.
Un exercice peut servir le cheval en l’aidant à s’apaiser et à réduire son niveau de stress
Le 1er besoin que tu peux aider un cheval à remplir, c’est son besoin de sécurité. Tout exercice qui aide ton cheval à se sentir plus calme et plus confiant lui sont réellement utiles. C’est pourquoi ces exercices sont la base de la formation en ligne « Objectif Sérénité« .
Évidemment, pour qu’un tel exercice soit vraiment utile, il doit être validé par le cheval. Tu dois pouvoir observer son relâchement. À travers tous les signaux qu’il t’envoie, tels qu’un abaissement de la tête et de l’encolure, le relâchement des muscles de son visage, un soupir, une respiration qui s’apaise, une attention qui se détourne de l’environnement pour revenir en lui et vers toi.
Par exemple :
- flexion et abaissement de l’encolure (réalisées sans force) ;
- incurvation, épaules en dedans (avec un cheval qui se tient seul, sans tirer ni pousser) ;
- exercices permettant de créer une communication claire ;
- entraînement émotionnel renforçant la confiance en l’environnement ;
- sorties en extérieur en gérant le stress du cheval.
Un exercice peut aussi aider le cheval en l’aidant à se sentir mieux dans son corps
Un autre besoin fondamental de ton cheval que tu peux l’aider à combler, c’est son besoin de mouvement et d’exercice physique. Mais à plusieurs conditions :
- que le cheval soit calme et détendu, et que tu puisses lui proposer cette mise en mouvement sans le mettre en stress ;
- que le mouvement ou le geste en lui même soit adapté à l’état physique du cheval et que tu le laisses libre d’organiser son corps à sa façon pour le faire ;
- que le cheval effectue le mouvement ou le geste en équilibre, de façon à respecter son intégrité physique et à renforcer sa confiance en lui.
Dans ce cas, bouger avec toi fera plaisir à ton cheval. Il sentira que grâce à ça il se sent mieux dans son corps et donc plus confiant. Et sa motivation se renforcera de séance en séance.
Par exemple :
- révérence effectuée comme un étirement ;
- transitions rapprochées favorisant l’équilibre horizontal et mettant le cheval dans une énergie de jeu ;
- pas espagnol ;
- exercices sur plusieurs pistes avec un cheval sui se tient et s’organise par lui-même ;
- sorties en extérieur avec un cheval calme et confiant ;
- etc
Un exercice peut permettre au cheval de se sentir en lien
Le cheval est un animal grégaire, social et sociable. Alors bien sûr, c’est avec ses congénères qu’il a d’abord besoin d’être en lien. Mais se sentir en lien avec nous peut également être positif pour lui. Se sentir écouté, compris. Sentir qu’il peut interagir avec nous. Tout exercice qui lui apporte ce sentiment peut donc servir le cheval.
Pour cela il faut évidemment que ce lien soit un lien de confiance, permettant des interactions dans le calme et la décontraction.
Par exemple :
- échanges en liberté.
Un exercice peut également stimuler le cheval sur le plan cognitif
Comme nous, les chevaux ont besoin d’être stimulés sur le plan cognitif pour se sentir bien. Découvrir des choses, réfléchir, résoudre des problèmes… La nature les récompense intrinsèquement pour ça. Utiliser leur cerveau les occupe et les éveille. Ils développent leur intelligence en même temps que leur intérêt pour les échanges qu’on leur propose.
Tout exercice qui permet cette stimulation de l’intelligence du cheval est à son service. Avec toujours la condition que ce soit dans le calme, sans pression.
Par exemple :
- sorties en extérieur (sous réserve que le cheval soit confiant) ;
- découverte de nouveaux objets, de nouvelles odeurs, d’autres animaux ;
- apprentissages divers.
Comment remettre le cheval au centre de ta pratique de l’équitation ?
1_ Avant d’aborder des exercices avec ton cheval, demande-toi en quoi il va le servir
Quand j’anime un stage, j’explique le pourquoi de tout ce que je conseille. Pourquoi tel exercice à tel moment. Pourquoi il faut prêter attention à tel ou tel détail – qui n’en est généralement pas un en réalité. Et pourquoi cette progression dans les exercices et pas une autre. Etc… C’est ce qui manque dans beaucoup d’approches du cheval. Le sens.
De nombreuses pratiques et de de nombreux exercices sont enseignées en équitation sans que personne ne se demande en quoi c’est utile pour le cheval. Et souvent, ça ne l’est tout simplement pas.
L’accent est mis sur la réussite du cavalier. Pas sur celle du cheval. Ni sur son bien être. Alors les cavaliers apprennent à mettre eux aussi l’accent sur leur propre réussite. L’équitation devient une pratique qui nourrit l’égo des humains. Au lieu d’aider le cheval et le cavalier à s’épanouir dans une relation positive pour les deux.
Pour échapper à ça, commence à questionner le sens de chaque exercice. Ce qu’il apporte au cheval. Parce que si tu comprend ça, tu sauras à quoi prêter attention en réalisant cet exercice.
2_ Quel que soit l’exercice, fais passer le confort et le plaisir du cheval avant la réussite de l’exercice
Si tu veux motiver ton cheval à échanger avec toi, tu dois apprendre à l’aborder sans attentes. Ce qui importe n’est pas la réussite de l’exercice. C’est ce que la qualité du moment que tu offres à ton cheval. Qu’il se sente en sécurité à tes côtés. Qu’il prenne plaisir à échanger avec toi. Que tu le voies détendu.
D’abord parce que sinon il n’aura aucune envie de réitérer. Ensuite parce que de toute façon un cheval tendu ne peut rien faire correctement. Le stress freine l’apprentissage et rend le cheval moins disponible à tes demandes. Et il cause une tension musculaire qui empêche ses propriocepteurs de bien fonctionner. Ce qui signifie qu’un cheval en stress est moins précis dans ses mouvements. En plus, il se tient alors naturellement en extension, alors qu’on cherche plutôt la flexion du rachis pour l’encourager à mieux porter.
Il faut donc changer complètement ta façon d’évaluer la réussite d’une séance. Cesse de l’évaluer en fonction de la réussite de l’exercice abordé. Commence à l’évaluer en fonction du degré de bien-être et d’engagement de ton cheval.
Tu verras que ça transformera complètement la façon dont tu vivras vos échanges. Et la sienne aussi !
3_ Mesure ta progression à l’aune de la motivation de ton cheval à échanger avec toi
Il est très humain de chercher une validation extérieure à ses progrès, à ce que l’on fait. Cette recherche est ce qui te pousse à vouloir participer à des concours, à des défis, à vouloir apprendre à ton cheval des exercices « visuels », de « spectacle ». Ou à rechercher l’approbation de ta famille, de tes amis, des gens qui t’entourent à l’écurie, de ton enseignant d’équitation, etc.
Mais en réalité, ce que tu devrais rechercher, c’est d’abord la validation de ton cheval. C’est lui le 1er concerné. Et sa validation, il te la donne quand il est libre. Quand il décide de venir vers toi ou non si tu as un licol ou une ennasure en main et qu’il sait à quelle activité ça va mener. Quand tu le laisses libre d’échanger ou non avec toi. C’est là qu’il te montre si ce que tu lui as proposé la fois précédente lui a plu. Si ce que tu lui proposes à l’instant lui plait. Et lui, il est d’une honnêteté radicale. Tu peux toujours te fier à ce qu’il exprime.
Mesure ta progression à l’aune de sa motivation à échanger avec toi. C’est la meilleure façon de t’assurer que tu vas dans le bon sens. C’est à dire le sien. Et aussi de prendre un vrai plaisir au quotidien. En te réjouissant de le voir de plus en plus motivé !
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