Arrête de monter en phase quand ton cheval ne comprend pas !
L’un des premiers concepts que l’on enseigne en équitation dite « éthologique » est la montée en phase – on se souvient que ce nom est inapproprié puisqu’il s’agit d’approches empiriques dérivées de l’équitation de travail américaine et européanisées. Or, la monter en phase pour faire réagir un cheval est totalement contreproductif. Et même traumatisant. Il existe fort heureusement une approche bien plus douce et bienveillante pour guider ton cheval vers la réponse que tu attends. Je t’explique.
La montée en phase, qu’est-ce que c’est ?
Le principe de la « montée en phase » est de faire sa demande de plus en plus fort, jusqu’à obtenir une réaction du cheval. Par exemple, pour qu’il décale ses hanches, on a les 4 phases « poil – peau – muscle -os » :
- avancer la main vers lui, au niveau du creux du flanc, et effleurer son poil, avec l’intention claire qu’il décale sa hanche ;
- si le cheval ne répond pas, continuer la demande en pressant les doigts contre la peau, mais sans que la pression aille plus loin ;
- s’il ne réagit toujours pas, augmenter la pression des doigts pour presser contre le muscle ;
- en l’absence de réponse du cheval, augmenter encore jusqu’à toucher l’os.
Second exemple, le reculer. Dans ce type d’approche il est demandé face au cheval que la personne tient en longe. La montée en phase se fait alors ainsi :
- regarder le cheval en se grandissant et en imaginant qu’on le pousse vers l’arrière, doigt pointé vers le haut dans sa direction, comme pour dire non ;
- sans réponse du cheval, bouger le doigt de gauche à droite, ce qui transmet à la longe un léger mouvement de balancier ;
- s’il ne répond toujours pas, bouger toute la main depuis le poignet, ce qui augmente le balancier de la longe ;
- en l’absence de réponse, bouger tout le bras depuis le coude, ce qui augmente encore le balancement de la longe, que pour alors il se prend dans le visage avec le mousqueton.
On considère ainsi 4 phases possibles à chaque demande, qui correspondent à des demandes de plus en plus fortes, quels que soient leur nature et leur objectif. En phase 4, le cheval est plus que fortement bousculé, que ce soit par le main de la personne, par sa longe, par son stick, par sa jambe, par sa rêne…
Les phases existent dans toutes les équitations
J’ai pris l’exemple de l’équitation dite « éthologique » telle qu’on l’enseigne beaucoup aujourd’hui, mais en réalité la plupart des approches prévoient une « montée en phase » lorsque le cheval ne répond pas correctement à une demande. Même si ce n’est pas aussi précisément décrit et codifié. Globalement, si le cheval ne répond pas à la main, au stick, à la longe ou à la jambe, la très grande majorité des cavaliers te disent d’y aller plus fort. On parle d’escalade de pression. C’est moins joli que la « montée en phase ». Moins pédagogique car on n’a pas de véritable mesure et qu’on augmente la pression au hasard, au jugé, jusqu’à ce que le cheval bouge comme on le veut. Mais ça revient au même. Et quelle que soit l’approche, c’est une toute aussi mauvaise idée.
C’est à cause de ces montées en phase que le renforcement négatif est décrié
De nos jours, le renforcement négatif est très mal vu. Si on te prend à l’utiliser – ce qui est totalement inévitable si on est un peu honnête, ne serait-ce qu’avec soi-même – tu es une mauvaise personne. On ne va pas refaire le match, j’ai déjà expliqué dans plusieurs articles la différence entre renforcement positif et négatif. On se souvient que « négatif » signifie « par retrait » et pas « méchant ».
Malheureusement, la majorité des gens pensent que l’efficacité du renforcement négatif réside dans une bonne montée en phase, effectuée avec un bon timing. C’est à dire très rapidement, pour que le cheval sache que s’il ne réponde pas de suite à une demande légère, il va subir une pression de plus en plus forte. Alors oui, en un sens, ça fonctionne très bien dans la majorité des cas. Mais ça met le cheval en stress et sa motivation à répondre à ta demande est alors la peur. Je ne sais pas pour toi, mais moi je n’ai absolument pas envie que mon cheval réponde à mes demandes parce qu’il a peur de ce qui se passera sinon. Donc si c’est ça ta vision du renforcement par retrait, je comprends que ça te déplaise ! Et si c’est ça qu’on te conseille, surtout arrête !
Heureusement, le renforcement négatif peut être utilisé autrement. Et c’est même bien plus efficace. Avant de t’expliquer ça, voyons déjà pourquoi la montée en phase est aussi contre-productive.
Pourquoi la montée en phase est contre-productive avec le cheval
Reprenons les exemples sus-cités.
En dehors du fait que je peine à localiser l’os que l’on va toucher au creux du flanc (la dernière côte en se décalant un peu, j’imagine ?), cette augmentation de pression ne peut qu’éveiller le réflexe d’opposition du cheval. En effet, un cheval réagit naturellement à une pression exercées sur son corps par une pression opposée et de force égale. Comme un humain. Pour conserver son équilibre. Rien que pour cela, Pousser de plus en plus fort est donc complètement contreproductif. Ça ne peut mener qu’à un rapport de force.
Second exemple, avec le reculer. Là, monter en phase ne peut qu’amener le cheval à se prendre la longe, voire son mousqueton, au visage. Et donc à reculer tête en haut, avec la peur d’avoir mal. Puisqu’il appréhende l’inconfort ou la douleur, il se tend. Tu obtiens donc un geste sous la contrainte. Et que le cheval effectue en tension. Ce qui signifie que le mouvement qu’il fait n’a aucune valeur pour lui. Pire, il lui donne une mauvaise habitude locomotrice.
Alors en effet la plupart des chevaux répondent très bien à des approches qui les mettent en stress. Très bien non pas dans le sens où ils le vivent bien. C’est clair que non ! Mais dans le sens où ça fonctionne. En tous cas si on regarde les choses d’un point de vue quantitatif. Ce que font la majorité des gens. Eh oui, le cheval est un animal proie. Lui faire peur ça le fait généralement bouger. C’est la raison pour laquelle ce genre d’approche perdure, malheureusement.
Et parfois, un cheval dit non. Il refuse de plier et se met en colère contre l’humain qui l’agresse avec sa montée en phase. Quoi de plus normal en soi ? Mais alors il est qualifié de dominant voire dangereux. Rien que le choix du terme « dominant » montre en réalité l’état d’esprit de l’humain dans ce rapport. Ce sont alors des gens comme moi qui récupèrent ces chevaux en rééducation. Et ils s’avèrent géniaux quand on communique gentiment avec eux !
Ce qui nous amènent à la question suivante :
Comment faire pour éviter la montée en phase quand le cheval ne comprend pas ?
C’est bien beau de mettre le doigt sur un problème. Mais ça n’est vraiment utile que si on peut proposer une solution. Heureusement, c’est le cas. Et la 1ère session de la formation d’Éducateur Équin Bienveillant que je viens de donner l’a encore démontré. Nous avons communiqué avec une quinzaine de chevaux différents, qui n’avaient aucun travail. Nous leur avons donné les bases du travail à pied. Depuis la marche à l’épaule jusqu’aux hanches en dedans et appuyers au pas. Et jamais nous n’avons eu à monter en phase. Avec aucun d’entre eux. Ni les réformés de course, ni les anciennes poulinières, ni ceux qui avaient subi de mauvais traitements auparavant.
Voici quelques pistes pour éviter la montée en phase quand le cheval ne comprend pas.
Au lieu de monter en phase, invite ton cheval à se rééquilibrer
Voici un point qui n’est tout simplement jamais abordé en équitation. Et qui est pourtant fondamental. La capacité du cheval à répondre à une demande dépend souvent de son équilibre. En l’invitant à se rééquilibrer avant de demander un mouvement, on augmente ses chances d’y arriver. Or, pour motiver un cheval à communiquer avec nous, il est important de le mettre en conditions pour réussir. Ce qui permet en plus au cheval d’être beaucoup plus fin et réactif.
L’équilibre naturel du cheval l’amène à se porter davantage sur les épaules. Donc pour faire simple, commences déjà par l’inviter à reporter du poids sur ses postérieurs avant chaque demande. Tu verras que si ton cheval commence bien au carré avec du poids sur ses 4 pieds, il répondra bien plus facilement à ta demande.
Fais ta demande au cheval avec plus de douceur
Ça parait complètement contre-intuitif. Pourtant ça fonctionne. Si ton cheval ne réagit pas à ta demande, c’est peut-être que tu as déjà éveillé son réflexe d’opposition. En commençant ta demande trop fort. Essaie donc de redemander beaucoup plus doucement, légèrement. Par exemple, si tu es face au cheval et que tu poses les mains sur son poitrail pour lui demander de reculer. Il ne recule pas. Si tu appuies plus fort, il va s’appuyer contre tes mains. Et là ça va devenir un rapport de force. Car il aura reporté davantage de poids devant, sur ses antérieurs, pour répondre à ta pression. Pour qu’il recule tu devras donc le pousser vers l’arrière en portant son avant-main… Essaie plutôt ça : poses très légèrement le bout de tes doigts sur son poitrail, en le touchant à peine, et en rapprochant doucement ton corps de lui. Si besoin, répète le mouvement.
Tu verras que ça fonctionnera beaucoup mieux ! Ce qui nous amène à une 3ème piste.
Opte pour des demandes répétées plutôt que tenues longuement
Quand tu tapotes sur l’épaule de quelqu’un pour attirer son attention :
- Viens-tu appuyer longuement sur son épaule, de plus en plus fort ?
- Ou fais-tu de petites touches légères et répétées sur cette épaule ?
Je parie sur la seconde option. Et c’est pareil avec un cheval. Tu attires plus facilement son attention sur ta demande en la répétant avec légèreté qu’en l’appuyant longuement et de plus en plus fort. Donc si on reprend le « poil – peau – muscle -os« . Si le cheval ne réagit pas au poil, c’est qu’il n’a pas compris. Soit ce que tu demandes, soit même que tu demandes quelque chose. Dans ce cas, inutile de faire une montée en phase, ton cheval ne comprendra pas mieux. Quelqu’un qui n’a pas compris ce que tu dis ou que c’est à lui que tu parles ne va pas le réaliser parce que tu te mets à hurler. Essaie plutôt de rester à la phase « poil » mais en faisant de petites touches légères du bout des doigts. Même chose pour la cession à la tension sur la longe.
Si ça ne fonctionne pas, 4ème option.
Plutôt que de monter en phase, modifie ta façon de demander au cheval
Très souvent, le cheval ne répond pas à ta demande, ou bien il ne répond pas comment tu le voudrais, parce que tu manques de clarté. Par exemple, ton stick ou ta longe demande quelque chose. Mais ton corps en demande une autre. Ou alors tu ne laisses pas au cheval la place nécessaire pour bouger. Ou encore ta demande est trop proche d’une autre et ton cheval est confus.
Il se peut aussi que ton cheval ait été désensibilisé à ta façon de demander. Parce que tu as demandé souvent sans obtenir de réponse. Et tu as laissé tomber donc il a cru que ta demande ne signifiait rien.
Dans un cas comme dans l’autre, monter en phase n’aurait aucun sens. Au contraire, ça ne ferait qu’ajouter de la confusion à ton cheval et lui faire perdre confiance en toi. La solution consiste à modifier ta façon de demander. Fais une pause et réfléchis à ta posture, à ta gestuelle, à la perception que le cheval peut en avoir. Et à ce que tu peux modifier pour rendre ta demande plus facile à comprendre.
Prenons par exemple la demande de départ au trot à l’épaule. Pour y répondre, beaucoup de chevaux ont besoin de beaucoup d’espace. Et beaucoup ne partiront jamais si tu passes devant leur épaule. Dans ce cas, agiter plus fort ton stick ou toucher ton cheval de plus en plus fort ne pourra que le stresser énormément. Alors qu’en te repositionnant correctement, tu n’auras qu’à le suggérer pour qu’il prenne le trot.
En un mot, si on est bien à l’écoute du cheval, la montée en phase est inutile !
Si on devait résumer tout ça en un mot, ce serait le suivant : écoute. Si on écoute véritablement le cheval, la montée en phase est inutile. Alors, on vit un échange avec lui qui se déroule tout en douceur et en fluidité. Ni conflit, ni rapports de force. Juste de la communication, de la joie, et de la sérénité ! C’est ce que j’enseigne dans mes formations en ligne et dans mes stages. Ça fonctionne, et c’est tellement agréable et épanouissant, pour l’humain comme pour le cavalier !
Si toi aussi tu veux découvrir le bonheur d’une relation sereine et harmonieuse avec ton cheval, rejoins la formation « Objectif Sérénité« .
Et si tu veux aller plus loin en devenant un Éducateur Équin Bienveillant, rejoins ma nouvelle formation professionnelle !

Merci pour ce post très intéressant et quu me parle !
J’ai un cheval qui, en effet, m’a fait comprendre que le lui « parlais » trop fort. Il s’était mis à se lever et me charger. Il ne me charge plus, mais si je vais trop loin pour lui, il peut se lever.
Il n’est pas un cheval qui se « soumet », je dois chercher à avoit sa coopération, il dit non aux phases, les exercices répétitifs où je cherche malgré tout à contrôler ses pieds peuvent le faire monter en pression et se braquer en se levant. Malgré ce que je peux entendre autour de moi, jr partage votre vision et à moi d’arriver à travailler sur moi et trouver des solutions pour mieux me faire compendre…
Je t’en prie. 🙂 Je pense que c’est une chance d’avoir un tel cheval pour compagnon. Il va t’apprendre tellement…